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Je recrute un cuisinier pour l’Assassin. J’ai passé une petite annonce sur un site spécialisé. J’ai reçu beaucoup de CV, bien plus que d’habitude, signe que la crise est loin d’être passée (quoiqu’on en ait dit lundi soir sur TF1). Je suis quelqu’un de bien (parfois) alors je réponds à tout le monde. Je me fends d’un (court) mail de refus à ceux qui ont pris la peine de répondre à mon annonce, c’est la moindre de des choses, mais peu de recruteurs ont cette correction.

Hier j’ai reçu un mail d’une candidate qui m’accusait d’avoir écarté sa candidature à cause de la couleur de sa peau. Je lui ai répondu que c’était parce qu’elle est une femme. J’ai été très gêné par cette accusation. Je suis allé relire son CV, afin de savoir pourquoi je l’avais écarté de ma sélection. Le cas était sans appel, sa meilleure expérience était en tant qu’apprentie commis de cuisine et ne pouvait pas faire l’affaire. J’ai aussi lu qu’elle indiquait sur son CV son origine géographique (l’Angola) alors que ni son nom ni son prénom ne trahissait celle-ci. Pourquoi faire cette précision à l’heure du combat pour le CV anonyme? Pourquoi estimer que si elle n’était pas retenue pour le poste, ça ne peut être qu’à cause de la couleur de sa peau? Ne fait-elle pas cette précision sur son CV pour se persuader que les postes auxquels elle postule lui échappent seulement à cause du racisme du recruteur, et non pas parce qu’elle vise bien trop haut vu ses expériences?

Et moi? Ai-je pris en compte ce facteur dans ma sélection de candidats à recevoir? J’ai fait un petit compte, je vais recevoir quatre maghrébins, deux africains, deux sri-lankais et cinq français de souche (l’un d’entre eux a un nom un peu Polonais, mais il a l’air bien blanc sur sa photo). Cependant, j’ai eu besoin de relire son CV pour m’assurer que j’avais bien un motif pour éliminer sa candidature. Un soupçon de culpabilité? Sans doute. C’est pas toujours facile de savoir quelle est l’attitude politiquement correcte à adopter cette semaine (heureusement Eric Besson va bientôt pouvoir nous répondre). Il est répandu dans mon métier de dire que les pakistanais font d’excellent employés de cuisine. Il m’a été enseigné dans une grande école hôtelière Suisse que les asiatiques font un excellent personnel de chambre!!!! Et je vous épargne les stéréotypes négatifs sur d’autres origines géographiques, mais vous les connaissez aussi bien que moi.

Je suis tombé cette semaine sur ce billet racontant la mésaventure de Mohammed, licencié pour avoir refusé de changer son prénom en Laurent (plus présentable).

Je me suis souvenu du temps où j’étais un patron de droite.

Non, ça n’a pas duré, mais j’étais très fort!

Mon cher ami Patrick, depuis reconverti dans les tables en béton, avait l’étrange habitude de diriger une non moins étrange agence de communication nommée Dekalog. Comme tout les bons patrons de droite, il consommait du stagiaire. Un, en particulier, se prénommait Malek. Quand on appelait Dekalog, il répondait au téléphone « Dekalog, Malek, Bonjour ». Prononcé rapidement, on ne savait pas toujours si et où se terminait le nom de l’entreprise. J’avais alors suggéré à Patrick de rebaptiser Malek en Jean-François, prénom facilement dissociable du nom de l’entreprise. Sur le ton de la plaisanterie, bien sûr. Pas très politiquement correct, mais on est encore loin d’un sketch de Michel Leeb.

Je poursuivais alors ma réflexion. Le problème n’est pas que le prénom indique une origine ethnique ou géographique. Le problème c’est que le vrai patron capitaliste n’a que faire de retenir le prénom de son employé. Pour simplifier cela je proposais qu’un prénom, choisi de préférence parmi ceux utilisés par la Comtesse de Ségur dans son œuvre, soit associé de manière définitive à un poste dans l’entreprise. Ainsi, la secrétaire du directeur s’appelera toujours Solange, le comptable s’appelera toujours Jean-Bernard et la chaudasse du marketing s’appelera toujours X. Non, je ne vais rien mettre, je sais qu’avec ma chance je tomberais pile sur le prénom de votre chère maman. A force d’écrire des conneries on finit par vexer tout le monde.

Et puis je suis redevenu un être humain (par opposition à « de droite », bien sûr) et je suis horrifié quand je lis l’histoire du malheureux Mohammed, viré pour avoir refusé de s’appeler Laurent.

Et pourtant, ma proposition était-elle si imbécile? Aujourd’hui je reçois des mails de Caroline de Cityvox qui me pourrissent ma boite mail. Je me suis désinscrit 5 fois, rien n’y fait.  Y a-t-il véritablement une Caroline à Cityvox, y en a-t-il seulement jamais eu une?

Chez Deux pour le prix d’un, il y a une équipe de huit rédacteurs qui travaillent jour et nuit pour vous faire croire en l’existence de Mathilde. Il faut pourtant se rendre à l’évidence, aucun être humain ne pourrait tenir un tel rythme! Mathilde n’existe pas. Caroline non plus, elle s’appelle Robert, et la semaine prochain elle est remplacée par un autre stagiaire: Solange*, la secrétaire du patron, qui a démissionnée parce qu’elle en a marre que ce vicieux de Jean-Bernard*, de la compta, vienne lui raconter ses fantasmes sur la cochonne du marketing, cette salope de X.

Non, vraiment ce serait irresponsable de ma part de proposer un prénom pour cette héroïne fictive (même si elle se reconnait).

*On m’indique dans mon oreillette que Solange et Jean-Bernard ne sont pas des héros des romans de la Comtesse de Ségur. Je vais de ce pas relire L’Auberge de l’ange gardien et Le Général Dourakine** (les préférés de ma Grand-mère)  pour confirmer.

**Aujourd’hui, Hadrien a découvert l’Italique. Il a bien joué avec, on l’applaudit!

***Le premier à identifier la citation sur le name-tag recevra un bon pour une corbeille de pain et une carafe d’eau offerts pour tout achat d’une planche de charcuterie ou de charcuterie et fromage à l’Assassin.

****Aujourd’hui, Hadrien a découvert les *, on l’applaudit encore!