Quand j’ai annoncé que j’allais vendre Bagatelles, quelqu’un m’a dit « ça va te manquer les produits… »

Sur le moment, j’en avais tellement marre des cartons, de la routine du colis et de tout ce qui allait avec (suivi colissimo, papiers cadeau, réclamations la poste, relation clients, inventaire, 3D secure), que j’ai pensé que non – ça n’allait pas du tout me manquer - et que au contraire, ne plus avoir la moindre étagère à ranger, ne plus jamais appeler la Poste ou un fournisseur en retard, ce serait le bonheur.

Une fois passée la petite période de transition où je n’ai plus voulu entendre parler de gestion de stock, j’ai commencé à prendre conscience de ces petites choses que j’appréciais vraiment. Ces petits riens qui ont fait mon quotidien et une partie de mon bonheur du jour pendant quatre ans.

Il y avait le syndrome de la caisse enregistreuse, qui ressemble à celui de la petite fille jouant à la marchande  Ouvrant et fermant ce tiroir caisse, dans un geste qui donne une dimension tellement palpable et réelle à l’activité,. Ce tiroir caisse se remplissant comme par magie de jour comme de nuit, web oblige.

Il y avait le moment des préparations de colis, parfois physiques, mais toujours entrainants. Ces moments qui me permettait de me laisser aller à la contemplation et de laisser mon esprit courir pendant que mes doigts allaient et venaient sur le plan de travail pour découper papier de soie et rubans.

Mais par dessus tout, il y avait les odeurs… Rentrer chez Bagatelles, c’était un instant unique, quand les effluves d’épices se mélangeaient au parfum des savons et des fleurs séchées. Ceux qui sont venus chez Bagatelles, et ont connu cette odeur, sauront exactement de quoi je parle.

Finalement, avec quelques mois de recul, je m’aperçois à quel point le e-commerce est ancré dans le réel. C’est peut-être pour cela que la transition avec ma nouvelle société a été brutale. J’ai du passer du modèle à l’ancienne (je dors sur mon stock et je compte mes savons) à un modèle virtuel (je dors sur une base de données et je compte les clics).

En disant tout cela, je prends le risque que mes mots soient mal interprétés. Autant le dire clairement : le choix de céder Bagatelles pour créer UnCadeau.com était vraiment le bon, même si ça n’a pas été une décision simple à prendre et à « digérer ».

Passer de l’épicerie de quartier à la start-up a été un sacré grand écart, qui m’a obligée à revoir plein choses dans mon appréhension du métier. Les colis ont été remplacés par de grandes sessions d’optimisation du référencement, l’odeur d’épices a cédé la place à celle du développeur café fumant.

Les bonheurs du jour ne sont pas moins nombreux, ils sont juste ailleurs. Chaque jour j’apprends, chaque jour je me remets en question, chaque jour je décide.

Il n’y a pas deux histoires d’entreprises qui se ressemblent. Chaque boite est une nouvelle aventure et même si on part en pensant maitriser toutes les données du problème, il n’en reste pas moins que tout est à construire.

Allez savoir si ça n’est pas ça, le truc qui fait courir si vite les entrepreneurs ;-)